Présence française en Afghanistan : position du Bureau national du PS

Le 10 novembre 2009

La situation en Afghanistan se dégrade de jour en jour, le nombre de soldats de la force internationale morts au combat ne cesse de s’accroître, ainsi que celui des victimes civiles, dans des attentats, comme du fait des bombardements de la coalition internationale. L’élection présidentielle afghane, marquée par la confusion, l’insécurité, la fraude et la corruption du régime n’a apporté aucune réponse à la crise dans laquelle est plongé le pays.

Cette situation pose la question des objectifs de l’intervention internationale, de la stratégie et des méthodes utilisées, des conditions de participation de la France et des pays de l’Union européenne, et du calendrier et du terme fixé pour cette intervention.

Des objectifs de sécurité légitimes.

Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, l’envoi de troupes en Afghanistan a été décidé conjointement par le Président de la République Jacques Chirac et le gouvernement de Lionel Jospin pour poursuivre des objectifs légitimes de sécurité collective, conformes aux intérêts de la France et inscrits dans le cadre d’un mandat de l’ONU. Il s’agissait de défaire l’organisation terroriste Al Qaeda, responsable des attaques du 11 septembre, le régime des Talibans à l’abri duquel elle avait pu agir, et d’empêcher que l’Afghanistan ne puisse offrir un nouvel accueil à des organisations terroristes menaçant la sécurité internationale et celle de notre pays.

Notre présence en Afghanistan est fondée sur un mandat international, de la résolution 1386 en 2001 jusqu’à la résolution 1890 en octobre 2009. Parallèlement à l’intervention militaire, l’ONU a appuyé un processus politique, électoral et d’aide civile, reflétant la conviction qu’il n’y a pas de solution purement militaire en Afghanistan. Au-delà de la lutte contre le terrorisme, l’intervention  de la France au sein de la coalition visait à conforter un régime démocratique en Afghanistan, à soutenir le développement et l’amélioration des conditions de vie des habitants. Ces objectifs ont largement été délaissés, l’action concentrée derrière les États-Unis sur la seule lutte contre les Talibans, souvent au détriment des populations civiles qui perçoivent de plus en plus les forces de la coalition comme des troupes d’occupation.

La nécessité d’une redéfinition.

Après huit ans sur place, les conditions de notre présence doivent être profondément réexaminées, les objectifs clarifiés et des perspectives fixées. Depuis 2003 et le passage sous commandement de l’OTAN de la force internationale d’assistance et de sécurité, la stratégie de « guerre contre le terrorisme » et son volet politique, la « démocratisation de l’Afghanistan» préconisée par l’administration Bush, ont montré leur incohérence, leur limite et leur échec. Elles conduisent, aux États-Unis même, à reconnaître la nécessité d’une remise en cause et d’un débat public, devant le Congrès, sur la définition d’une « nouvelle stratégie ».

Pourquoi le Parlement français ne peut-il débattre régulièrement avec l’exécutif du déroulement et des résultats de l’intervention sur la base de critères précis, ainsi que de ses finalités et de leur redéfinition, comme le fait l’administration Obama vis-à-vis du Congrès américain ?

Alors qu’en avril 2007, pendant l’élection présidentielle, le candidat Sarkozy déclarait : « Il était certainement utile qu’on les envoie dans la mesure où il y avait un combat contre le terrorisme. Mais la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive », une fois élu, il décidait en avril 2008 d’envoyer 700 soldats supplémentaires en Afghanistan. Cette décision s’inscrivait dans une logique de rapprochement avec l’administration Bush au moment du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

En France, le Gouvernement ne propose aujourd’hui aucune vision stratégique sur le dossier afghan. Aucun objectif clair, aucune décision claire, aucun débat public. La position actuelle du Gouvernement sur l’Afghanistan consiste en un « ni-ni » dont le fondement stratégique n’est en réalité pas défini : ni augmentation nouvelle de troupes, ni retrait. Le transfert de l’ensemble du dispositif français de Kaboul vers le commandement régional Est ne s’inscrit dans aucune stratégie claire.

C’est pourquoi, le Parti socialiste a demandé qu’un débat ait lieu au Parlement. Celui-ci est inscrit à l’ordre du jour du Sénat, nous demandons qu’il le soit également à l’Assemblée nationale. Devant le Parlement, le Parti socialiste demandera la clarification des objectifs de l’intervention, un changement de méthode, et la définition, en lien avec les partenaires européens de la France dans la coalition internationale, d’une stratégie et d’un processus de sortie progressive d’Afghanistan.

Clarification des objectifs.

La France, pas plus que la communauté internationale, n’a vocation à rester en Afghanistan, mais à permettre à l’État afghan d’assurer lui-même, au plus tôt, la sécurité et la stabilité. Notre objectif central doit donc être l’accroissement et l’amélioration des forces de sécurité afghanes, leur formation, leur équipement, leur montée en puissance et l’établissement d’un État afghan le plus légitime et stable.

Changements des méthodes.

Tout progrès dans le domaine de la sécurité sera lié au soutien de la population au processus de stabilisation du pays. Celui-ci passe par une révision des modalités d’action sur le terrain, notamment la sécurisation et la protection des populations, plutôt que des bombardements qui renforcent le soutien aux Talibans sans que leur efficacité puisse être démontrée.

La France doit sortir du tout militaire en Afghanistan. La stabilisation de la situation du pays et le soutien des populations passent par le renforcement de l’aide civile consacrée au développement, aux infrastructures publiques, à la scolarisation, à la santé, qui représente aujourd’hui moins de 10 % de la dépense militaire. C’est une priorité indispensable pour la stabilisation mais également pour tout progrès de la démocratisation de la société et des institutions afghanes.

Définition d’un processus de sortie progressive en Afghanistan, convocation d’une conférence internationale.

La France doit refuser la perspective d’une guerre interminable aux objectifs politiques non clarifiés. Elle doit prendre la tête d’un plan de paix comme le préconise le rapport rendu à l’Assemblée nationale par Jean Glavany et Henri Plagnol. Nous demandons, en lien avec les partenaires européens de la France dans la coalition internationale, la définition d’une « stratégie de sortie progressive et planifiée » en Afghanistan, au fur et à mesure de la montée en puissance des forces afghanes, du renforcement de l’aide civile et de l’aide à la sécurisation régionale, en particulier au Pakistan. Les pays de l’Union européenne doivent être saisis par la France et en débattre ensemble.

Dans cette perspective, les socialistes demandent la tenue d’une Conférence internationale sur l’Afghanistan sous l’égide de l’ONU, rassemblant les cinq membres du Conseil de sécurité, les pays qui ont des soldats en Afghanistan et impliquant les pays voisins (Pakistan, Inde, etc.) et les Afghans dans leur diversité, pour la recherche d’une solution régionale.