Spécialiste des institutions politiques italiennes, Marc Osouf analyse la démission du gouvernement Prodi et livre ses espoirs quant à la situation de la gauche.
La démission du gouvernement Prodi était-elle prévisible et quel a été l’élément déclencheur de la crise ?
Dés les élections, en avril 2006, de nombreux éléments permettaient de douter fortement de la durabilité du gouvernement. Avec seulement 22 000 voix d’avance à la Chambre, et grâce à la « prime majoritaire », la coalition de Romano Prodi a remporté le scrutin. Au Sénat, le centre droit a obtenu plus de 420 000 voix d’avance, mais la prime régionale a permis à Prodi et son équipe d’être majoritaires de seulement 3 voix !
Une avance dérisoire que Berlusconi a eu du mal à digérer et qu’il a tenté de délégitimer dès sa proclamation, et ce pendant plus de deux mois. Une élection donc difficile qui a, dès le départ, affaibli le nouveau gouvernement.
Autre élément, purement technique : la coalition autour de Prodi était tout simplement impraticable, allant de la Refondation, le principal mouvement communiste qui a fait chuter le précédent gouvernement Prodi en 1998, jusqu’aux libéraux et aux chrétiens-démocrates centristes.
De plus, la fin de l’année 2007 a marqué la création du Parti démocratique (PD) qui a eu un impact fort quant à la stabilité du gouvernement. Fusion des deux principaux partis, l’ex-parti Démocrate de gauche qui représente 17% des voix et la Marguerite à 9,5% (essentiellement des anciens démocrates-chrétiens), le PD a écrasé de fait les autres partenaires.
Enfin, le dernier élément, parfaitement conjoncturel, qui explique cette démission, relève de la crise à Naples. La gestion des déchets par la municipalité et par la région, toutes deux à gauche ainsi que la mise en examen de la présidente de l’Assemblée régionale de la Campanie ont été, pour le pouvoir, irrémédiables. Et pour cause : la-dite présidente n’était autre que la femme du Garde des Sceaux qui a remis sa démission suite aux déboires juridiques de son épouse. Le gouvernement a alors perdu sa majorité au Sénat, et le gouvernement n’a eu d’autres solutions que de démissionner.
La France a oublié ce qu’était un véritable régime parlementaire, mais l’Italie en est le plus illustre exemple du fait de son bicaméralisme parfait. Sans la majorité au Sénat, Prodi ne pouvait plus se maintenir.
Quelle va être la suite des événements ?
L’intérêt de la droite, Berlusconi en tête, est de provoquer des élections immédiatement. L’intérêt du centre gauche est à l’inverse de former un gouvernement provisoire, de reculer et de procéder à une réforme électorale réclamée à la fois par le président de la République, l’Eglise et les forces sociales. Mais pour cela il faut avoir une majorité, qui n’existera qu’avec l’accord d’au moins un des partis de droite. À l’heure actuelle, cette majorité est difficilement concevable puisque le centre droit refuse de participer à un gouvernement sans Forza Italia. La situation est donc bloquée. Le président de la République, qui a pour compétence de constater l’absence de majorité, s’était engagé à ne pas dissoudre les chambres sans réforme préalable de la loi électorale. Mais il s’y trouve aujourd’hui contraint.
Le seul espoir de la gauche italienne repose alors sur sa capacité à savoir convaincre les centristes de la nécessité de la réforme. Cependant, si la dissolution n’intervenait pas, la droite menacerait de lancer de grandes manifestations qui pourraient réunir jusqu’à un million de personnes. Nous sommes donc dans une phase excessivement tendue dans laquelle tout arrive trop tôt. Le centre gauche en pleine recomposition, le nouveau parti démocrate en formation, et, enfin, la création d’un cartel autour des communistes, des verts et de la majeure partie des opposants à la création du PD.
Quelles sont alors les perspectives pour la gauche italienne ?
Romani Prodi a d’ores et déjà annoncé qu’il se retirait. Il ne sera pas candidat à la députation. La nouvelle figure de la gauche, Walter Veltroni, maire de Rome et dirigeant du Parti démocratique, avait encore besoin de temps pour construire la nouvelle organisation et aurait sûrement préféré être sur le devant de la scène après la réforme électorale. Et pour cause : Veltroni ne veut plus faire le jeu des alliances rendant la majorité ingouvernable. Le Parti démocratique entend se présenter seul et gouverner seul et, par ces annonces, souhaite créer une dynamique qui pourrait être payante. Mais avec la loi électorale actuelle, la gauche serait bien obligée de s’unir pour gouverner.
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